• Géraldine Danon

En traversée

Nous avons quitté notre mouillage il y’a 2 jours par 30 nœuds de vent en pleine face. Il est un moment où il faut se décider à partir.



Un groupe d’albatros sourcils noirs nous a escortés tandis que quelques dauphins s’ont venus chatouiller notre étrave pour fêter notre départ. Les estomacs sont chahutés, Marion déplace sa couchette dans la timonerie, un Grand Albatros, vient nous saluer, emblème des mers du sud, il vient nous souhaiter bienvenu dans le redoutable Passage du Drake. Il plane majestueusement, c’est la force tranquille, le geste parfait, pas un mouvement en trop, ses grandes ailes semblent épouser la grosse houle qui nous malmène. « Le Drake c’est le passage le plus dangereux au monde, toutes les houles se croisent et ça donne cette terrible mer en désordre » m’explique le capitaine en souffrant pour son navire qui encaisse les coups stoïquement.



Au deuxième jour de traversée le vent, adonne et nous filons grand-voile et génois, à 9 nœuds. J’aime cette allure. Bien au chaud dans mon duvet, malgré le froid ambiant, j’écoute le hurlement du vent et je mesure la chance que j’ai d’être là avec ma famille, en route vers les beautés de l’Antarctique. Nous respirons à l’unisson, soudés, portés par un même rêve, celui d’atteindre notre Fleur Australe, la seule à pousser sous ses latitudes extrêmes. Animés par un même désir d’aventure, celui que j’ai semé dès la naissance dans la tête de mes petites fées blondinettes.


Seul Loup manque à l’appel, retenu par ses études, et Béti notre petite chienne qui est partie il y’a deux semaines. Nous avons collé des portraits d’elle partout dans le bateau pour qu’elle soit toujours avec nous. Sinon mon monde est là, à l’abri dans notre vaisseau spatial qui nous porte depuis tant d’années sur toutes les mers du globe. Il me semble que rien ne peut nous arriver, les éléments peuvent bien se déchaîner, la mer et le vent peuvent bien hurler de toutes leurs forces, nous sommes ensemble dans le ventre de la mer, ballotés mais protégés par notre cocon, notre Fleur Australe.

Quand je laisse aller mon esprit à la méditation, c’est le souffle du monde qui me parvient, son pouls, que j’entends battre et je me sens en harmonie avec tous l’univers, avec chaque infime parcelle, chaque être qui le compose. Seule la mer peut m’apporter cette plénitude, ce sentiment d’être tout simplement vivante et d’en mesurer la chance. Leurs forces, nous sommes ensemble dans le ventre de la mer, ballotés mais protégés par notre cocon, notre Fleur Australe. Quand je laisse aller mon esprit à la méditation, c’est le souffle du monde qui me parvient, son pouls, que j’entends battre et je me sens en harmonie avec tous l’univers, avec chaque infime parcelle, chaque être qui le compose.


Seule la mer peut m’apporter cette plénitude,

ce sentiment d’être tout simplement vivante

et d’en mesurer la chance.