• Géraldine Danon

Vernadsky: Base Ukrainienne du bout du monde

Nous embouquons le Penola Strait et relâchons enfin à Vernadsky, la base Ukrainienne anciennement base anglaise de Faraday dans les îles argentines, ainsi baptisées par Charcot en hommage au gouvernement argentin qui l’avait beaucoup aidé lors de la préparation de son expédition avec « le Français » entre 1903 et 1905.



Jusqu’en 1996 c’était une base anglaise portant le nom de Michael Faraday, le découvreur de l’électromagnétisme puis elle fut vendue aux Ukrainiens pour une pound symbolique afin que les activités scientifiques s’y poursuivent. C’est avec beaucoup d’émotion que nous slalomons entre les icebergs pour parvenir jusqu’à la base nichée au fond de la baie.



C’est d’habitude une escale joyeuse, on y est accueillis dans la bonne humeur autour d’une vodka dans ce que nous appelons « le bar le plus sud de la planète ». Je me souviens de mon dernier passage, mon doigt avait gelé après de longues heures passées à filmer au nid de pie et une des onze armoires à glaces qui habitaient les lieux à l’année, m’avait gentiment soigné.



J’avais d’abord faibli à la vue de l’énorme seringue, avant de comprendre qu’elle était juste destinée à imbiber mon doigt d’un cocktail explosif, composé d’antibiotiques surpuissants, comme eux. Le séjour parmi eux s’était poursuivi dans la joie, alternant partie de pêche et football sur la banquise pour le plus grand plaisir de mon petit Loup.


Aujourd’hui l’heure n’est pas à la rigolade mais nous tenions à venir leur communiquer notre soutien. Ils nous expliquent à la VHF que nous ne sommes malheureusement pas autorisés à débarquer à cause du virus. Les règles sont strictes malgré que nous soyons depuis plus d’un mois en mer, mais un des hommes, le géophysicien, vient à notre rencontre.



Nous lui offrons quelques souvenirs de notre passage tout en lui témoignant notre solidarité. Il sourit tristement : « Ma femme et ma fille ont réussi, Dieu merci, à rejoindre l’Allemagne, elles sont en sécurité, maintenant » Je l’écoute la larme à l’œil, bouleversée par l’horreur que doivent vivre ces hommes enfermés dans leur base du bout du monde sur ce continent symbole de paix, pendant que leurs familles vivent ce que personne ne devrait avoir à endurer.



Au petit matin nous détachons l’amarre à terre, le cœur en friche, il nous faut profiter d’une légère accalmie dans ces conditions hivernales pour remonter vers le Cap Horn. Je regarde la station qui disparait dans notre sillage, la silhouettes de ces hommes courageux et dignes, enfermés dans leur royaume de glace tandis que leur pays se fait bombarder et je pleure.