• Géraldine Danon

20 février - Kotzebue, 66°54 Nord

Bienvenue au pays du blizzard et de la mer gelée.


Notre avion se pose dans la nuit polaire, sur une piste verglacée et l’on ressent toute l’attention du pilote pour contrôler sa machine.

8h00 du matin. La ville d’un bout du monde se réveille à peine.

Nous sommes dans le grand nord, à environ 30 milles au nord, du cercle polaire Arctique.


Devant nous, une étendue blanche et immaculée, la mer gelée des Tchouktches. Nous étions passés au large, en arrivant du passage du Nord-Ouest en 2009 et je me souviens avec émotion de Loup, petit garçon qui me disait à la caméra « Nous sommes dans la mer Souksouk »



Le détroit de Béring se trouve à un peu plus de 100 milles dans le sud.

C’est le plus ancien « settlement » (village) de toute l’Amérique du nord et du sud confondues. Les habitants font partie du peuple Inupiaq. Ils vivent sur ces terres depuis plus de 10 000 ans. Kotzebue était à l’époque un centre d’échange et de commerce pour l’ensemble de la région.

Plusieurs rivières débouchant dans le golfe de Kotzebue, en ont fait un carrefour idéal pour le transport de marchandises.

Les habitants des villages intérieurs de l’Alaska et ceux de l’Extrême-Orient Russe venaient également négocier ici. Les fourrures, l’huile de baleine et les peaux de phoques se troquaient.

Nous sommes accueillis par Chuck, un Inupiaq, « musher » professionnel, originaire d’un petit village qui se trouve à quelques milles de Kotzebue.


Nous prenons la température de la ville qui semble endormie, pas encore réveillée à la sortie de la longue nuit polaire. L’activité hivernale n’est pas très intense.

Ckuck a vu le village se transformer. Mais c’est surtout le mode de vie qui en quelques années a véritablement changé. « Il y a vingt ans, il y avait une vingtaine d’attelages de chiens de traineaux. Aujourd’hui il n’en reste que deux. » nous explique notre ami avant d’ajouter : « maintenant ils sont remplacés par les ski-doo. Les traditions se perdent.

Quand on partait à la chasse ou à la pêche, pour un ou deux jours, on prenait du poisson séché et de la graisse de phoque, rien d’autre.

Aujourd’hui, c’est sandwich, barres chocolatées et sodas. Les gens n’avaient pas vraiment de métier, mais ils passaient leur temps à la recherche de nourriture et les femmes fabriquaient des vêtements en fourrure et en peau de phoque. Nous étions douze enfants dans notre famille, et mon père ne chômait pas pour nourrir tous ces bambins. L’oisiveté désormais est devenue un vrai problème qui entraine alcool et drogue ». Conclut Chuck en souriant. Il a un vague air de De Niro comme me le fait remarquer Laura.



Chuck a dû quitter son petit village. « Mon épouse ne supportait plus l’isolement ». Ils ont été contraints de s’installer près d’Anchorage. Il semble heureux d’être revenu chez lui, pour nous faire partager son expérience. A chaque coin de rue, il croise un ami ou une connaissance. Le village est joyeusement désordonné, Les bateaux recouverts de neige se bousculent près des maisons colorées, en attendant le dégel, les motos neige sont prêtes à démarrer et à partir sur la mer gelée, mais il y’a aussi aussi des containers, des caisses, des voitures aux vitres éclatées, de vieux camions rouillés, un heureux bordel, recouvert d’une fine couche de neige immaculée qui lui offre sa poésie hivernale. De grosses antennes viennent parfaire ce monde gelé, car ici on est connecté au monde.

Nous scrutons le ciel et prenons les dernières infos météo. Demain nous devons partir en Ski-Doo, à cinquante kilomètres, retrouver le village natal de Chuck, et rendre visite à un de ses amis, qui vit isolé dans la forêt. « Maman, j’ai peur de geler, il fait si froid ! » m’avoue Marion en clignant ses cils givrés.



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