• Géraldine Danon

Le pétrel tempête

Cinquième jour de traversée. Génois et Grand-voile. Quelques grains de neige balaient le pont de Fleur Australe. La mer est houleuse. Le bateau tangue.



On parle souvent des grands oiseaux, comme du grand Albatros, l’Albatros hurleur avec ses 3,5 mètres d’envergure, mais on parle moins des petits oiseaux qui peuplent les océans et nous tiennent compagnie durant les traversées. Ce sont les Océanites. Ils ne mesurent que 17 cm et 40 cm d’envergure. Celui qui nous accompagne dans le Drake s’appelle l’Océanite de Wilson.

Son vol fait penser à celui d’une hirondelle. Lorsqu’il se nourrit, il trottine à la surface de l’eau en avançant par petits bonds puis s’immobilise soudain, les ailes dressées à la verticale et les pattes trainantes. Il picore la surface de l’océan, ramassant une petite crevette, un bout de poisson. Il suit les navires ou les cétacés. Il est grégaire en mer, s’assemblant parfois par milliers en certains endroits lors de ses migrations. Il niche en Antarctique, en Terre de Feu, en Géorgie du Sud. C’est un grand voyageur car il migre en hiver australe vers l’hémisphère nord. En mai, on le croise en Atlantique nord par 57°N. Dans l’océan indien, on l’aperçoit en Mer Rouge, en Inde. Sa migration vers le sud commence en aout et il revient nicher en novembre et décembre dans des terriers.

J’aime les observer, regarder leur trajectoire, leur vol saccadé, et je me demande ce qu’ils peuvent bien faire toute la journée, toute la nuit. Ils volent, ils mangent. Pensent-ils au lendemain ? Pensent-ils aux enfants qu’ils ont mis au monde et nourri pendant plusieurs semaines, avant de les laisser s’envoler et vivre leur vie ? Peut-être ! L’instinct de reproduction anime toutes les espèces animales et cela m’intrigue. Nous sommes beaucoup plus évolués, paraît-il, et si nous avons également l’instinct de reproduction, notre vie s’est compliqué au fil du temps, mais sommes-nous plus heureux ? Alors je rêve d’être comme ce petit oiseau, virevoltant au-dessus des vagues et sachant s’échapper face aux tempêtes.