• Géraldine Danon

Faire du vin, du miel aux Tuamotu, en regardant les étoiles

Il y a des aventuriers dans les mers du sud et ceux-ci ont fait preuve de déterminisme et de conviction. Comment imaginer que l’on pouvait faire pousser de la vigne sur du corail ? Deux français, passionnés de vin ont eu cette idée et après plusieurs essais un peu partout en Polynésie, ils réussissent à faire pousser trois cépages résistants et productifs à Rangiroa. Les obstacles ont été nombreux, crabes de terre gourmands, parasites, cochons sauvages, embruns, absence de saison. Deux récoltes par an et environ 35 000 bouteilles. Sébastien nous fait visiter son chai, un endroit climatisé où l’on trouve des futs en chêne et de grandes cuves en inox. Le matériel est ultra moderne et un ingénieur surveille l’élevage du vin.



Les idées germent, et après le vin c’est le rhum qui est produit localement. Nous sommes sous les tropiques et pourquoi pas planter de la canne à sucre. Les espèces sont sélectionnées, la canne s’adapte très bien à ce climat. Le sol est enrichi par du compost et il y a assez d’eau pour que la canne y pousse. La première récolte de ce rhum remporte un grand succès.


Sébastien emploi six personnes à temps complet sur la vigne et double l’effectif pour les vendanges. Bientôt d’autres arbres fruitiers comme des citronniers seront plantés.

« Tout pousse ici, il suffit de le vouloir et de travailler la terre »

m‘explique Sébastien en nous faisant gouter son vin qui est reconnu dans le monde entier, et c’est un vin bio qui sent bon le corail, un gout unique très apprécié.

Sur un autre motu, nous rencontrons Ludwig, passionné par tout ce qui touche à la nature, plantes, animaux et surtout les abeilles. Ludwig est arrivé il y a plus de vingt ans. Plongeur professionnel, il s’est intéressé à la faune et à la flore locale. Il a vite compris qu’ici on pouvait élever des abeilles. Son secret : beaucoup de patience et beaucoup d’amour pour ces petits insectes.

Les abeilles ont toute une panoplie de fleurs à butiner et surtout le cocotier qui est partout présent dans les atolls. Son miel est à 40% constitué de fleur de cocotier ce qui lui vaudra bientôt une appellation « Miel de cocotier », et nul doute une médaille d’or tant son miel est savoureux. Il connaît toutes les plantes, son discours enchante nos filles qui ne regarde plus la nature comme avant. Il y a plein de plantes médicinales, comme le « tamanu », qui guéri les plais, le tiaré qui mélangé avec l’huile de coco fait le monoï, excellent pour la peau et les cheveux. Ludwig veut transmettre son savoir et sa passion aux jeunes.


« Il y a du travail ici sur les iles, et il faut que les jeunes trouvent une raison et un moyen de rester sur leur atoll. »

Il nous explique également les campagnes de dératisation sur certains atolls. Le rat introduit par bateau fait des ravages sur les colonies d’oiseaux. On est capable aujourd’hui de les éliminer. Il faut préserver ces atolls et ces motu où l’on trouve à la fois une végétation endémique et des oiseaux qu’il faut protéger.


Un peu plus loin, près de la passe nous allons à la rencontre de Punua, un véritable polynésien, un Paumotu, personnage emblématique de l’atoll de Rangiroa, qui œuvre pour que l’on n’oublie pas la connaissance des anciens.


« Comment sommes-nous arrivés ici il y plusieurs siècles ? et bien par bateau, en pirogue et en se servant des étoiles.»

nous conte Punua, capitaine d’une pirogue polynésienne « O Tahiti Nui Freedom », partie de Tahiti jusqu’en Chine l’embarcation, a effectué en sens inverse la migration des premiers Polynésiens. Il essaye avec son association de faire naviguer une autre

pirogue qui est en construction au village et d’inculquer aux enfants les notions de navigation que lui ont transmis ses grands-parents. Le polynésien a toujours communiqué son savoir d’une façon oral. Pas d’écrits, mais une transmission par le geste et la parole.



A Rangiroa il y’a une âme c’est indéniable mais il y’a aussi un cœur, celui de Francis Gazeau, greffé du cœur en 2004, j’étais allée à sa rencontre il y’a 10 ans et j’ai eu le bonheur de recroiser son chemin cette fois ci. Le fringuant jeune homme de plus de 70 ans que l’on croise à vélo chaque matin, rêve toujours aussi fort, nourri des songes à n’en plus finir : son prochain défi - après être parti sans assistance sur un atoll désert pendant un an pour promouvoir le don d’organes – c’est sur l’île de Clipperton au large du Mexique qu’il veut désormais se rendre. Je lui souhaite de tout cœur de réaliser ce nouveau challenge ! En attendant nous l’embarquons avec mon ami Hiria qui attendais le bon moment pour rejoindre son voilier à Apataki, atoll qui se trouve sur notre route pour Fakarava.



Rangiroa et les autres atolls des Tuamotus vont continuer de tracer leur route dans le grand océan Pacifique. C’est un peuple fort qui a su vivre de peu, de ce que leur atoll pouvait leur offrir, poissons, cocotiers, plantes. Aujourd’hui le changement s’opère, avec la richesse du temps passé et les initiatives nouvelles. Bravo à tous ces capitaines courageux que nous avons eu la chance de croiser sur ces motus de rêve.



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