• Géraldine Danon

2 Avril - Icy bay

Nous quittons Kayak Island, l’ile de Béring et le phare s’allume alors que la nuit vient lentement épouser ses sculpturales formes.



Une nuit de navigation sous les étoiles, le mont Saint Elias et ses 5489 mètres d’altitude se dessinent majestueux dans le bleu du ciel. Nous relâchons à Icy bay dans ce décor impressionnant. Béring a découvert une des plus belles régions du monde. Nous relâchons à Riou Bay, un mince cordon de sable sépare la baie de l’océan. Les vagues se brisent sur la grève. Nous débarquons sur la longue plage de sable noir, les galets scintillent au soleil. Marion en remplit ses poches, elle les peindra en rentrant au bateau, ils viendront agrandir sa collection de cailloux rapportés des quatre coins du monde. Quelques limicoles arpentent la grève, on dirait des galets qui se déplaceraient sous l’impulsion du vent, bientôt ils s’envolent, légers, dans l’écume mousseuse qui vient lécher le rivage.


Des troncs d’arbres déracinés jonchent le haut de la plage. Leurs racines dessinent des arabesques entremêlées, on dirait des sculptures, j’aperçois des corps tourmentés et des visages étranges. C’est un véritable cimetière d’arbres, la mer les a charriés là, ils n’ont sans doute pas résisté à l’avalanche qui les a emportés dans son tourbillon dévastateur et les a jetés à la mer, ils sont venus s’échouer par centaines sur cette plage sans fin transformée pour l’occasion en musée d’art moderne. A moins qu’ils n’arrivent, transportés par les flots des rivières en cru. Cela parait plus probable vu leurs grands nombres. En longeant la côte nous avons aperçus des pans entiers de dunes effondrés et des arbres couchés. Le soleil s’assoupit, la mer est blanche, laiteuse, le Mont Elias s’empourpre. Je saute à l’eau, elle fait 3 degrés, Antoine et Victoire me suivent et nous faisons un tour du bateau. La mer d’Alaska n’a plus de secret pour nous, nous avons gouté à sa suave froideur…


Nous pénétrons dans le Tsaa fjord, il est très englacé. Fleur Australe fend la fine couche de glace, « des floes », plaques de glace plus importantes se brisent sur son passage, elles se divisent et s’éparpillent au contact de ses flancs, telles des pépites blanches et bleues qui scintillent au soleil. Nous avançons coute que coute et relâchons au pied d’un glacier que nous appellerons le p’tit Loup glacier, du nom de mon fils. Il vient lécher le rivage. La Fleur pose son ancre à quelques mètres de ce toboggan de glace et de crevasses qui dévalent goulument la pente. Il y’a 100 000 glaciers en Alaska, dont seulement 600 sont nommés. Il en existe trois types, le glacier classique comme la mer de glace, celui qui se jette dans la mer comme le Columbia et un troisième que l’on ne trouverait qu’ici, que l’on appelle L’Alaskan Glacier qui se déverse dans la plaine.



Nous partons en raquettes à la conquête du p’tit Loup glacier, le panorama dans cette baie, encerclée de glaciers est sublime. Celui-ci explose dans des teintes qui vont du blanc métallique au bleu soutenu de ses grottes profondes, il vibre et nous marchons précautionneusement afin d’éviter ses crevasses. Vu d’en haut Fleur Australe somptueuse semble déposée sur le sable noir. La mer s’est retirée et nous l’avons échouée volontairement pour caréner et surtout nettoyer le safran qui était recouvert d’algues.



De retour à bord, une dernière secousse nous projette violement à bâbord, tout valdingue dans le bateau. Nous sommes pires qu’au pré serré, complètement à la gite, penchés à 40 degrés et la vie à bord est devenue compliquée comme lors de mes pires traversées, ça me rappelle quelques souvenirs. Cuisiner, se déplacer, ne serait-ce que tirer la chasse d’eau devient une véritable lutte. Il ne reste plus qu’à attendre que la mer revienne rendre son équilibre à notre navire. Vers trois heures du matin, nous pouvons bouger le bateau pour aller mouiller en eau profonde mais vers cinq heures, le capitaine doit de nouveau déplacer le bateau car une énorme plaque de glace s’est collée le long de la coque et risque d’endommager Fleur Australe. Nous décidons alors de rester à la dérive le temps que le jour se lève. Le soleil naissant apparait bientôt derrière le Mont Saint Elias illuminant de ses fragiles rayons la baie englacée. Nous posons un grappin à quelques encablures sur une fine banquise qui a enfermé en son sein des centaines de growlers et de petits icebergs. Le spectacle est majestueux.



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