• Géraldine Danon

21 Mars - Beartrap

Nous relâchons dans une baie mystérieuse. Pendant la nuit la neige est tombée, elle recouvre entièrement le paysage, c’est un monde ouaté, au ralenti, fantomatique qui s’offre à nous, à peine éclairé par un soleil qui ne parvient pas à percer dans le gris du ciel. La mer est si calme que je ne sais plus trop bien où se situe le vrai du faux. L’apparente réalité se cacherait dans le reflet de ces sapins lourds et lactescents qui se dessinent plus vrai que nature sur la mer au visage aussi lisse que de la porcelaine ?



C’est alors que le léger souffle du vent fait frissonner le fragile miroitement de la mer, une indicible ondulation me rappelle que l’illusion est éphémère, pourtant je retrouve le même mouvement en relevant les yeux, les sapins se dandinent et distillent dans leurs troubles quelques volutes de neige immaculée. Le capitaine me sort de ma rêverie, il faut récupérer l’ancre, l’anse est si petite qu’il a préféré embosser pour plus de sécurité afin de passer la nuit sereinement. Il saute dans l’annexe avec Antoine tandis que j’immortalise la scène à l’aide de ma caméra. Cap sur le fond du fjord, une fine couche de banquise (30 centimètres d’épaisseur) rend notre progression impossible. Le capitaine pose un grappin sur la patinoire recouverte de poudre blanche. Comme par magie, la neige cesse sa valse céleste, le soleil parvient à percer et le ciel s’illumine.

Un léger nuage demeure comme suspendu entre les massifs, capturé par la vallée qui l’a absorbé, il flotte en suspension, tel une brume épaisse, les sommets sont parés d’une étoffe blafarde.

De temps à autre un faisceau de clarté, dessine un rail éblouissant sur la banquise impénétrable qui par un effet d’optique s’éclipse face à tant de lumière. Celle qui nous paraissait si blanche il y’a quelques instants n’est plus qu’ombre lorsque le soleil s’empare d’une de ses parcelles.



Nous allons tenter une ballade sur la glace, l’objectif étant d’atteindre à pied le fond de la baie qui se trouve à deux kilomètres environ. Nous enfilons notre gilet de sauvetage au cas où la glace serait amenée à se briser. Le capitaine reste à bord pour veiller sur notre navire. Nous foulons cette étendue intouchée avec une émotion certaine. Une loutre se glisse sur la glace pour se réchauffer, elle nous observe avec une lueur d’étonnement. C’est son domaine, nous sommes bien peu de chose dans ce paradis blanc, il suffit de passer de l’ombre à la lumière pour s’apercevoir que tout est une question d’éclairage. Comme cette petite loutre au regard tendre nous faisons pourtant partie intégrante de ce grand tout qui compose l’univers, c’est cette pensée qui m’anime en traversant ce désert glacé. Le soleil se cache derrière la montagne, le rayon de clarté s’évanouit, la patinoire se pare de rose chatoyant. De l’autre côté de cette baie immaculée, Fleur Australe, altière, scintille, à son bord, mon capitaine, tout petit à l’horizon et si grand dans mon cœur, veille sur son équipage.



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