• Géraldine Danon

Baie Marguerite

En partant d’Ushuaia nous avons mis le cap directement sur la baie Marguerite à 750 milles, en général les voiliers qui s’aventurent en ces eaux visent plutôt les îles des Shetland du Sud, ou les premières îles de la Péninsule.



Depuis deux jours nous surveillons les icebergs, nuit et jour. Cela reste l’angoisse à l’approche de l’Antarctique, du continent glacé. Il nous faut attendre le dernier jour, à moins de 100 milles de la baie, pour que Marion découvre sur l’horizon ouaté notre premier iceberg. Nous apercevons ensuite la cote de l’ile Adelaïde et son piedmont de glace. C’est une calotte glacière qui se termine par une falaise de glace qui plonge dans la mer. Les glaces se densifient. Petits icebergs et beaucoup de brash, ces petits morceaux vêlés par les glaciers.



La Fleur se fraye un chemin dans ce désordre, mais la houle du large agite ce petit monde en tous sens et le bateau souffre en cognant les glaçons. Nous zigzaguons entre les growlers pour trouver de l’eau libre. Il faut s’éloigner de la cote, contourner l’île Avian.


A terre la lumière est superbe. Les hautes montagnes de l’ile Adelaïde se dessinent entre les nuages et la calotte de glace éclaire ce décor majestueux. Un grain de neige s’abat sur le bateau, en quelques instants nous n’avons plus aucune visibilité. Le gris partout. Les essuies glace balayent les lourds flocons. Au radar nous repairons les gros icebergs mais c’est à l’œil qu’il faut scruter la surface de l’eau pour éviter les growlers. Laura prend la barre et Philou se repose tandis que je filme.


Nous mettons le cap sur Horseshoe Island où se trouve un mouillage. Quarante milles pour traverser la baie. Le vent qui était faible au passage sud de l’ile, se renforce et monte à 30 nœuds, de face. C’est au moteur avec la grand-voile arisée que nous mettons le cap plein Est. Sur la droite les îles Emperor, où nichent une colonie de manchots empereurs mais c’est une zone protégée, nous n’y avons pas accès. Sur la gauche l’ile Jenny et la cote élevée de l’ile Adelaide avec ses sommets qui culminent à 2500 mètres.


Laura est très concentrée, elle maitrise le passage entre les glaçons. La nuit arrive lentement, nous allumons le projecteur d’étrave. Indispensable pour oser ce genre de navigation nocturne entre les icebergs.


Philou prend le relai après une heure de repos bien méritée. La nuit nous enveloppe et si les gros icebergs ou bergy bit se dessinent sur le radar, ce n’est pas le cas des petits. Maintenant la crête des vagues se mélangent à la glace. Tension et concentration maximale à la timonerie. Le capitaine est aux aguets.


A l’approche du mouillage des icebergs sont venus s’échouer. Philou balaye son projecteur pour tenter de trouver un passage. Cette nuit nous ne pourrons pas entrer dans la petite baie. La carte est imprécise et il y a dix ans lors de notre passage en janvier, la baie été gelée. On se fie au sondeur. A quelques encablures de la falaise nous jetons l’ancre par 20 mètres de fond, encerclé de gros icebergs. La côte nous protège du vent qui souffle dans le canal entre Horseshoe et l’île Pourquoi pas.


Le danger est bien là. Il faut rapidement remouiller car nous sommes trop près d’un iceberg qui nous menace. Nous devons nous réveiller toutes les heures pour contrôler les mouvements de nos voisins. Vers cinq heures, à la lueur de l’aube, nous prenons conscience du véritable labyrinthe par lequel nous nous sommes passés in extremis. Nous essayons de rentrer dans Sally Cove. Pas de carte et la quille touche plusieurs fois. Philou met le zodiac à l’eau et part avec Laura sonder la baie pour trouver le bon passage.



Dix heures, nous sommes soulagés, la Fleur se repose après cette rude traversée. Je débarque avec les filles pour une longue promenade à terre. Il neige. Marion est contente de retrouver ses copains les manchots, ils lui manquaient. Nous grimpons au sommet, la vue sur le cimetière d’icebergs sur lesquels quelques phoques crabiers se prélassent est époustouflante. Merci Antarctique de nous accueillir dans ton royaume.