Périple polaire - Partie 2
- Géraldine Danon
- il y a 4 heures
- 3 min de lecture
Nous levons l’ancre à 4 heures du matin, dans une brume à couper au couteau.
Au radar, avec une cartographie inexistante, nous slalomons entre les îles et les icebergs. Laura et Philou sont à la timonerie : un œil sur le radar et l’autre sur le sondeur. Haute tension à la passerelle !

Nous entrons dans la zone des fjords d’Ammassalik. Nous sommes à l’abri de la houle et l’équipage peut souffler. La navigation a été dure, éprouvante. Quelques bobos, rien de grave : un œuf de pigeon et une petite cicatrice qui me rappelleront que, même dans la précipitation, il faut être vigilant et ne rien laisser traîner.
Nous trouvons un mouillage de rêve. Nous posons l’ancre par 15 mètres de fond, au pied d’un glacier. Chose rare, car en général ce sont des fonds de 100 mètres.
Passer des heures, une nuit, dans ce décor est tout simplement féérique, majestueux.
Loup va se dégourdir les jambes le long du fjord.

Notre premier village inuit est Sermiligaaq. Petite communauté de 200 âmes. Ici, on vit de la pêche et de la chasse. Je suis impressionné par l’isolement de ce village. L’hiver, l’eau du fjord est gelée et c’est en traîneaux à chiens qu’ils partent chasser le phoque ou pêcher sous la glace.
J’aimerais y revenir quand tout est blanc, gelé. Aller en traîneaux là où nous sommes passés avec Fleur Australe. Un jour, peut-être !
Ces Inuits sont ici depuis des siècles. Ils y ont vécu, survécu, de chasse, de pêche, en autonomie complète. J’imagine le temps qui s’écoule lentement, les jours d’hiver sans soleil, la nuit polaire, le froid.
Sur le quai, les enfants nous attendent, curieux et souriants. Quel est l’avenir d’un enfant ici, au bout du monde ? Comme ses parents et arrière-grands-parents depuis plusieurs générations, il sera pêcheur, chasseur. Les femmes perpétueront la descendance de ces quelques Inuits, elles s’occuperont des enfants. Rien ne changera. Ils sont les maîtres du temps. Ils verront les glaciers fondre, ils verront la mer geler à l’approche de l’hiver. Comme depuis des millénaires. Je le souhaite, je l’espère.

Nous progressons, et chaque baie, chaque fjord, nous offre un nouveau spectacle.
L’eau devient bleu pâle et, devant nous, le glacier Knud Rasmussen, du nom du premier explorateur groenlandais, né d’une mère groenlandaise et d’un père danois. Il est haut et actif, sa vallée est immense.
Nous escaladons une colline qui domine le glacier. Grandiose !
À la sortie du fjord, des baleines nous attendent : rorquals communs et baleines à bosse. Elles sont nombreuses dans la région. Protégées, elles peuvent espérer reconquérir les océans.
Arrêt dans le village de Kuummiut, 300 habitants. Une peau d’ours sèche au soleil à côté du linge de maison. Un Inuit répare son traîneau. Dans quelques semaines, la mer sera de glace.

Les bateaux seront tirés au sec et les chiens seront attelés. Il a dix chiens pour son attelage. Mais déjà, les jeunes chiots semblent fébriles à l’approche de la nouvelle saison.

À l’aube, un long nuage s’est allongé sur le glacier bleuté. Un Inuit part à la pêche : il grimpe dans son petit bateau à moteur, clope au bec. Le soleil levant s’immisce dans le brouillard doré. Sa cigarette dessine des volutes de fumée qui dansent dans la brume. Je filme. Il disparaît derrière un iceberg qui ressemble à une madone…
Nous reviendrons voir ces enfants grandir.
Nous reviendrons voir ce monde hors du temps.
Nous reviendrons voir les glaciers.
On aime le Groenland. Assurément !

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